fossés tectoniques tertiaires au front de l’arc de Castellane : les fossés de Brovès et de Jabron, dans le var (83).
Les fossés oligocènes sont situés autour de l’arc alpin, sur l’extrados en distension de la plaque plongeante (plaque européenne) qui passe sous la plaque africaine. (nord de l’Italie, ici) –ph1-2-3. Ce sont des structures distensives avec volcanisme dans le massif central (Limagne, chaîne des Puys..), sans volcanisme dans le sud-est.
Les fossés du sud-est sont situés au sud de l’arc de Castellane, lieu où le chevauchement alpin dirigé vers l’ouest passe à un chevauchement vers le sud. La carte au 50 000 de Fayence n’est pas à jour ; les terrains miocènes n’y figurent pas. La carte au 250 000 est préférable.-ph4 carte.
Dans le secteur qui nous intéresse (Jabron, Comps, Bargème, Brovès), le Jsup est aligné en petits massifs orientés E-W (La Clare, au nord de Jabron ; Brouis, au nord de Bargème), séparés par des zones faillées et effondrées : ainsi, le petit bassin tertiaire de Jabron est un synclinal E-W pincé entre 2 anticlinaux (La Clare au nord et le grand Chée au sud). De même Bargème est sur le flanc d’un synclinal qui s’étend de Comps à la roche-Esclapon, avec au nord le Js de Brouis, au sud le Js de Canjuers au sens large. La vue est limitée à l’Est par le chevauchement de Lachens. –ph5,6,7. La faille décrochante (FD) qu’on voit tout près de Bargème, à l’ouest, est une faille normale (FN) déformée par son rejeu en FD.
Au total, on trouve des déformations dues à la phase pyrénéoprovençale (plis E-W), une extension qui donne les fossés N-S (affrontement des plaques, ainsi que des plis synsédimentaires dus à la compression miopliocène alpine. Nous allons voir Bargème et le fossé de Brovès, le fossé de Jabron, et de Comps.
Fossé de Brovès et Bargème.
Brovès est un village abandonné, qui n’existe plus car situé dans le camp militaire de Canjuers.-ph4. Le fossé de Brovès s’étire du nord au sud sur moins de 5 km, il est étroit (moins d’un km). La coupe transversale débute sur laD21 juste avant la chapelle Ste Pétronille de Bargème –ph8,9.
Les couches qu’on voit de part et d’autre de la route sont datées du Cénomanien –ph10. Ce sont des marno-calcaires gris et jaunes d’une épaisseur d’environ 150m, on peut y trouver des fossiles de lamellibranches divers, des ammonites et des niveaux riches en orbitolines (Orbitolina concava) -ph11 à16.
Les orbitolines étaient des foraminifères benthiques, qui vivaient sur le fond ; microfaune des eaux plutôt chaudes, dans des environnements littoraux et de plateforme carbonatée interne à rudistes ; la macrofaune était constituée de lamellibranches, dont huîtres, oursins, térébratules bryozoaires, et rudistes vers le haut. Les photos 17,18 sont un échantillonnage effectué dans le cénomanien situé un peu plus loin sur la D25.
Les couches du cénomanien pendent vers l’Est –ph19. Passé le carrefour on voit le pendage changer ; les couches se relèvent et pendent vers l’ouest. –ph20.
Sur la partie Nord de la route, au-dessus de la chapelle, on peut voir que les marno-calcaires ont subi au moins un séisme. Le phénomène de thixotropie qui affecte un sédiment encore meuble, encore gorgé d’eau et qui devient subitement liquide avec remise en suspension des particules sédimentées se reconnait ici avec des couches contournées, des figures d’échappement. Il s’agit d’une sismite. –ph21 à23.
La coupe se poursuit avec, sur une trentaine de mètres, une brèche gris vert, puis quelques bancs redressés moins bréchiques. –ph24,25. Le Turonien en couches verticalisées fait suite à cette brèche, il est riche en gastéropodes. –ph26,27. Les coquilles ont été dissoutes et remplacées par de la calcite, qui constitue ici, un bon critère de polarité. En effet, elle occupe les vides laissés par la coquille dissoute et les gaz de putréfaction qui, légers, occupent la partie haute du corps de l’animal.
Donc en voyant à la loupe l’excès de calcite, on voit le haut de la couche qui est ici dirigé vers l’Est. On voit encore mieux sur le parking du village ces critères de polarité dans ces mêmes couches turoniennes. –ph28,29. Le dessus des couches du cénomanien est tourné vers l’Ouest, alors que le dessus des couches du turonien est tourné vers l’ Est.
Le niveau bréchique correspond à une faille normale, il n’y a pas de miroir de faille. On est sur le bord Ouest du fossé tectonique de Brovès. On va voir maintenant le remplissage de ce fossé. Sur une vingtaine de mètres, on peut voir dans des sables plus ou moins argileux de petits olistolithes de calcaire et de brèches –ph30,31. Tous les éléments sont Turoniens.
La végétation change subitement, une formation à bruyère multiflore annonce une acidification du milieu ; en effet une ancienne carrière, toute petite, est constituée de sables quartzeux ; ils contiennent des silex et des rhyolites (A2 et A3) provenant de l’Estérel, amenées par d’anciens cours d’eau. C’est une formation exotique venue du sud. –ph32,33.
Au-dessus, repose la formation de Ste Pétronille, riche en silex qui contient des fossiles de gastéropodes et des tiges de roseaux. C’est une formation lacustre datée du début de l’oligocène (Rupélien) –ph34,35. Terme ultime du remplissage du fossé, il repose à Ste Pétronille sur le Turonien et le Cénomanien qu’il scelle.
Depuis, l’érosion a dégagé les deux côtés et il y a inversion de relief on monte pour aller voir la formation lacustre. On revient à la carrière de sables quartzeux et on poursuit la coupe qui montre des brèches synsédimentaires dont la disposition en éventail est encore visible malgré l’érosion –ph 36,37.
Les couches se déposent dans le fossé, puis, à chaque saccade tectonique qui approfondit le fossé, d’autres couches se déposent (brèches, sables) sur celles qui sont affaissées et pentées vers le centre du fossé (vers l’Est). Ainsi, peu à peu, le pendage se relève. A chaque jeu des failles, des couches se déposent sur celles qui s’affaissent. Lorsque les failles ne jouent plus, les derniers dépôts sont horizontaux. Un petit chenal venant de l’Est termine ces observations ; il faut traverser la route pour poursuivre la coupe, l’érosion ayant tout aplani de ce côté. On voit des brèches qui alternent avec des sables, quelques petits olistolithes, mais le pendage est inversé (vers l’Ouest), on est déjà de l’autre côté du fossé. –ph38,39.
Peu après, les calcaires du Turonien réapparaissent ; ils sont verticaux jusqu’à un petit chemin où, subitement, ils ont un pendage dirigé vers le Nord (N40). Il y a présence d’une faille (sans miroir). C’est l’autre rive du fossé tectonique. –ph 40 à42.
La photo 43 est une coupe transversale du fossé. Au Nord de la route affleure en discordance le miocène (transgression du Burdigalien) ; ce sont des marnes sableuses. On y trouve également des silex, donc du rupélien remanié car il est juste en-dessous. Au fond, la montagne de Brouis ferme le paysage. On va se diriger vers le nord, le long des terrains miocènes. –ph44.
Le miocène marneux est surmonté par des conglomérats qu’on voit de loin. –ph45,46.
On trouve le long de la route des racines qui ont un manchon de calcaire, et des calcrètes : ce sont des restes de paléosols, des calcaires pédogénétiques qui se sont formés dans la plaine d’inondation, le long de chenaux. –ph47,48.
Des niveaux conglomératiques sont présents au sein de ces marnes –ph49.
Ils ont des galets rouges (cénomanien altéré). Le pendage est très redressé. On retrouve ensuite le Turonien riche en fossiles (huîtres, gastéropodes). Le pendage vers le nord est très prononcé ; les critères de polarité indiquent que ce Turonien est renversé (bulles de calcite épaisses vers le sud). –ph 50 à 53. Le miocène occupe donc le cœur d’un synclinal dissymétrique encadré par du turonien, au sud, à l’endroit et du turonien, au nord, renversé
Pour terminer, on se dirige vers le cœur de la structure qu’on a vu de loin. C’est un ensemble de séquences détritiques ; les dépôts grossiers de brèches alternent avec des dépôts plus fins (grès). On trouve des fossiles turoniens (exogyres) et cénomaniens (orbitolines) -ph 54 à57. Beaucoup de galets sont cariés par des microcodium –ph58,59. (voir page microcodium). Ces microcodiums sont miocène.
On constate que ces bancs ne sont pas parallèles, ils sont disposés en éventail étroit : ces dépôts synsédimentaires sont contemporains de la tectonique en compression qui a formé le synclinal dissymétrique, à la fin du miocène. –ph60, 61.
Du village de Bargème, on a une vue imprenable sur ce synclinal. Le bloc représente les deux tectoniques superposées, les deux systèmes synsédimentaires vus dans cette sortie (fossé et synclinal). –ph62 à64. Les chevauchements de l’arc de Castellane vers le sud sont la cause de la compression qui a formé le synclinal dissymétrique.
Le fossé de Comps sur Artuby.
Pas très accessible, mais on voit une faille bordière le long de la route. –ph4-
Le miroir de faille est tapissé par une brèche et on y voit également des stries. C’est une FN qui a rejoué en FD (faille décrochante inverse) comme le montrent aussi les cannelures bien visibles. –ph65 à67.
Le fossé de Jabron.
C’est un synclinal à cœur miocène et un fossé N-S présentant deux failles bordières. –ph4 et 68 à 72.-
Il est rempli par du détritique très grossier ocre et vert ; brèche monogénique à éléments de Turonien (vert) et des niveaux à argiles et sables (ocres), alternent avec les brèches. La matrice rouge indique un milieu continental. Le remplissage a commencé au Ludien (éocène sup) et s’est poursuivi à l’oligocène. Un gros olistolithe de calcaire fracturé est bien visible à l’entrée du village. Les éléments de la brèche, turoniens sont riches en fossiles (lamellibranches, gastéropodes, coraux….).







































































